Le titre choisi par Daniel Oppenheim annonce d’emblée l’hypothèse soutenue : Beckett ne se serait jamais défait de la nécessité d’écrire « inlassablement la souffrance de l’enfant non accepté » de la « faire entendre ». Il ne s’agit là, aucunement, d’un point de vue réducteur et Oppenheim ne présente pas son propos comme la seule clé de compréhension de l’œuvre foisonnante de Beckett. Il nous rend sensible, grâce à l’écoute des paroles des personnages beckettiens, aux hurlements du petit enfant qui a été l’objet d’un rejet de la part de sa mère et qui entretient indéfiniment avec elle une relation « d’hainamoration ». Au-delà de la violence ressentie, et de la quasi-absence d’étayage narcissique, émerge une volonté « d’être et d’avancer coûte que coûte ». Oppenheim a su extraire
les passages éloquents pour les praticiens de l’enfance de l’immense matériau fourni par les ouvrages de Beckett. Il a cherché à lire ces textes comme un psychanalyste à l’écoute de ses patients et à se montrer attentif aux résonances suscitées en lui, aux mouvements d’identification et de refus, aux angoisses archaïques figurées à la limite du dicible et du supportable. Il consacre un important chapitre aux relations des personnages à la mère. Au-delà des éléments biographiques venant témoigner de l’ambivalence des relations mère/enfant, de cette alternance imprévisible de demandes dévorantes et de rejets dépréciateurs, les personnages parlent de leur exposition à un environnement qui souffle rarement le chaud mais plutôt le froid, et auquel il faut bien trouver des moyens de s’adapter sans perdre complètement espoir. Ils cherchent vainement des explications à ce rejet originaire, tentent de formuler leur repentir ou revendiquent parfois agressivement le droit d’obtenir enfin ce dont ils ont été privés, tout en redoutant d’être fragilisés par la constitution d’un quelconque lien d’attachement. Mais contrairement à Beckett,…
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