Rubrique coordonnée par Marie Dessons et Dominique Mazéas
L’art aborigène et le temps du rêve
Marie Dessons - Psychanalyste et maître de conférences, Université de Montpellier

L’exposition du Musée de Lodève (34) invite à découvrir des œuvres hypnotiques de l’Art aborigène et propose des rencontres avec l’anthropologue Barbara Glowczewski, spécialiste de ce peuple dont elle défend la lutte pour la reconnaissance de sa culture et de ses droits. Présentes en Australie depuis au moins 67 000 ans, ces sociétés ont élaboré un système totémique sous forme de rhizome et d’une pensée réticulaire complexe, qui relie les cultures entre elles par des itinéraires de rêves et des cartes mentales dessinant une géométrie topologique. Dans leur vision du monde, l’humain ne possède pas la Terre, mais vit en harmonie avec elle. Mêlant cartographie et mythologie cosmogonique, leur art nous plonge au cœur du Dreamtime, l’espace-temps où les ancêtres préhumains sont sortis de l’intérieur de la Terre pour créer l’eau, le feu, l’air, les rochers, les végétaux, les animaux, les hommes ainsi que les lois, les coutumes et les cérémonies. Les Rêves fondateurs proposent des récits qui sont aussi des mythes cosmogoniques structurant la société et ses lois. À l’image du Rêve des Sept Sœurs, qui raconte comment elles sont devenues un groupe d’étoiles, les Pléiades, en fuyant un homme déterminé à épouser l’une d’elles, et qui n’est autre que leur père. Dans sa déroute, il deviendra une étoile solitaire dans la constellation d’Orion. Visibles depuis la Terre, ces étoiles rappellent ainsi aux humains la loi et les interdits.
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