Toutes les vies
Rubrique coordonnée par Marie Dessons et Dominique mazéas

Sarah Troubé - Psychologue clinicienne, maîtresse de conférences, Université Paris Cité
Toutes les vies, prix de Flore 2025, est le premier livre de Rebeka Warrior, qui est musicienne, compositrice, chanteuse et DJ. Sous forme d’autofiction, elle retrace la maladie puis la mort de sa femme, à 36 ans, d’un cancer du sein, à travers son propre rôle d’amante, d’aidante, puis de veuve et de survivante : « Que devient-on lorsque meurt l’être aimé ? Des fictions ? Des merdes ? Des cauchemars ? du gaz fréon ? » (p. 149).
Il s’agit de raconter « comme on devient fou à l’approche de la mort » (p. 189). Mais le récit refuse de se mouler entièrement dans une narration qui, par sa puissance de mise en forme et de mise en sens, serait au service du refoulement et d’une intellectualisation. Le texte se présente au contraire comme une intrication de multiples modalités d’énonciations, qui fait de l’écriture non pas le lieu où pourrait opérer le leurre d’une cohérence, mais où coexistent des temporalités, des voix et des tentatives de figuration hétérogènes et irréconciliables : les passages narratifs se juxtaposent à des poèmes ou textes de chansons, à des récits de rêves, à des extraits de carnets écrits au moment des événements, et à des citations issues des livres dont la lecture a accompagné ces moments. Lorsque la pensée ne peut plus ou refuse de s’élaborer selon les processus secondaires, ce sont des listes qui s’intercalent dans le récit, comme une expression associative à l’état brut qui soutiendrait une tentative de survie…
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