Décorporation et impersonnalisation dans l’anorexie mentale post-pubère
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Décorporation et impersonnalisation dans l’anorexie mentale post-pubère

Le temps diphasé de la sexualité humaine fait advenir un refoulement transformateur, celui de la latence, fragilisé par l’adolescence : le refoulement devient plus poreux, précipitant la fragilité du Moi adolescent. L’intensité de la charge pulsionnelle pubère intervient avant que l’adolescent puisse en être l’acteur et le conteneur, notamment en termes de remaniements des instances du Moi. À cette intensité pulsionnelle s’ajoute la reviviscence de fantasmes œdipiens, visités par la puberté : pour la première fois, les désirs incestueux et parricides sont réalisables. L’adolescent retrouve une certaine familiarité psychique avec ces désirs refoulés pendant le processus de latence, désirs d’autant plus affolants qu’ils ne sont pas encore élaborés. Dans sa temporalité, le processus d’adolescence représente l’ensemble du travail de secondarisation de l’appareil psychique, incluant une meilleure capacité de contenance des fantasmes les plus crus. La porosité relative du refoulement indique que le fonctionnement psychique est troublé par l’adolescence : le fonctionnement des limites psychiques (Houssier, 2003), dans l’articulation entre limites tournées vers le monde interne (refoulement, préconscient) et celles externes (pare-excitation, perception/conscience), est remis en cause comme le montre la clinique de l’anorexie mentale. L’anorexie mentale est un paradigme psychopathologique anti-processuel : le sentiment de familiarité avec soi-même et son corps vient à être remis en question de façon radicale. Cette défamiliarisation permet de mieux saisir l’intensité affolante des conflits adolescents : l’adolescent devient soudainement étranger à lui-même comme à ce qui l’entoure. Un double ressenti prédomine alors, d’incompréhension et d’angoisse, face à la perte de contact avec le sentiment de familiarité procuré jusque-là par le corps infantile. Sous l’effet d’un collapsus entre l’actuel et le refoulé, entre conscient et inconscient, les limites entre imaginaire et réalité tendent à s’estomper, confrontant l’adolescent à un éprouvé énigmatique, à une fragilité durable.

En articulant l’anorexie avec la question…

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