dossier

Enjeux psychiques de l'alimentation

Coordonné par Sébastien Talon - 10/03/2026

Il est frappant de constater combien l’acte de s’alimenter, si banal en apparence, condense les enjeux les plus fondamentaux de la vie psychique. Manger ne relève pas seulement du besoin ; c’est d’emblée entrer dans une relation, s’inscrire dans une dépendance, éprouver une altérité. À travers le nourrissage se trament les premières expériences de satisfaction et de frustration, d’intrication pulsionnelle, d’accordage et de malentendu. L’alimentation est ainsi l’une des scènes originaires où se joue l’humanisation du vivant.

Au commencement était le nourrissage. Expérience corporelle et sensorielle première, il engage le devenir du sujet dans une rencontre asymétrique, où le bébé dépend d’un autre pour survivre, mais aussi pour advenir à lui-même. Dans cet espace s’élaborent les prémices de la symbolisation, la tolérance à l’absence, la capacité d’attendre et de désirer. Le sein, la bouche, la faim, la satiété deviennent autant de métaphores et de matrices de la pensée. De Freud à Bion, de Winnicott à Aulagnier, le modèle alimentaire n’a cessé de servir de paradigme pour penser la croissance psychique.

Mais l’alimentation ne se réduit pas à cette scène originaire. Elle traverse toute l’existence, se rejoue à l’adolescence, s’expose dans les troubles du comportement alimentaire, se déplace dans les conduites d’excès ou de restriction, se trouve prise dans les discours sociaux sur le corps, la norme, la performance ou la pureté. Entre besoin et désir, incorporation et rejet, dépendance et maîtrise, l’acte alimentaire révèle les tensions constitutives du sujet.

Ce dossier coordonné par Sébastien Talon propose d’explorer les enjeux psychiques de l’alimentation dans leur complexité, en articulant clinique, théorie et dimensions contemporaines. Il interroge ce qui se noue dans la relation à la nourriture – du côté du narcissique et de l’objectal, du corps et du langage, de l’intime et du social – et met en lumière combien l’ordinaire du manger peut devenir le lieu d’impasses subjectives majeures comme de possibles remaniements. À la croisée du somatique et du symbolique, l’alimentation apparaît ainsi comme un observatoire privilégié des processus de subjectivation et des fragilités de notre modernité.

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