Dans le paysage de la paternité, si l’importance du lien père-enfant est désormais bien admise – ce dont témoigne l’excellent dossier à suivre – un éternel absent demeure : le beau-père.
Le terme remonte au XVe siècle en remplacement du mot « parâtre ». Symbole de la transformation de la société et de sa conscience, façonné par la norme du « démariage » qui organise les sociétés occidentales depuis les années 1970, le beau-père occupe aujourd’hui une place non négligeable dans la vie des familles. Dans nos consultations, nous constatons fréquemment combien ces hommes insistent sur la nature inconfortable, ingrate et toujours paradoxale de leur place – seconde sans être secondaire, marginale et centrale à la fois – qui les oblige à démultiplier et à doser avec justesse leurs investissements affectifs. À la différence de l’anglais qui distingue le « father in law » du « stepfather », en français, le même mot désigne à la fois le père du conjoint et le compagnon de la mère, signe de l’indétermination du lien de « belle-parentalité ». Avec le temps, certains beaux-pères deviennent des quasi-pères. Par leur tendresse et leur constance, ils s’inscrivent dans le quotidien des enfants de leur compagne. « Et si l’averse nous touche toi et moi, on la traverse à deux, à trois ». Si Vianney en chante l’amour, Le Roman de Jim, de Pierric Bailly rappelle la précarité congénitale de ce lien : Aymeric, beau-père aimant, se voit peu à peu effacé par le retour du père biologique. Éloigné d’un enfant qu’il considère comme le sien, privé de droits, le narrateur découvre que, sauf pour une mère, le lien à l’enfant n’est pas indissoluble. Les pères divorcés qui plaident pour des droits de garde égalitaires en savent quelque chose.
À l’inverse, d’autres beaux-pères se vivent enfermés…
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