Père et mère. Le refus de choisir
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Père et mère. Le refus de choisir

Depuis une décennie, j’anime dans une maternité un groupe de préparation à la naissance et à la parentalité dédié spécifiquement aux pères en prénatal. Il s’agit d’un groupe ouvert, mensuel, réunissant entre trois et une dizaine de pères. Il s’intitule sur les affiches et les plaquettes : « Groupe des apprentis papas ». Lors d’une séance inoubliable, l’un de ces pères pose nonchalamment une question essentielle : « Mais au fait, pourquoi ça s’appelle “Maternité” ici ? C’est idiot ! Il manque la moitié ! Qu’est-ce qu’on pourrait inventer ? » Et dans un acquiescement collectif teinté d’une grande excitation hypomaniaque, le groupe s’institue réformateur. « Parentalité » est jugé « trop intello » et, finalement, « Materpaternité » remporte l’adhésion. Un des participants, sans doute empreint d’une certaine culpabilité de l’affront fait à la mère archaïque toute-puissante1, dit non sans malice : « En plus on est galant en laissant la mère devant ! » Les participants rient beaucoup de cette remarque… Le groupe venait-il de restaurer une mainmise ancestrale de l’ordre paternel sur la procréation et, plus précisément en termes freudiens, le primat du masculin ? Sans doute, mais en partie seulement. Je crois cette restauration soutenue aussi par la revendication masculine inconsciente d’une bisexualité psychique.

Une bisexualité psychique, elle-même, jamais totalement distincte d’un espace groupal paradoxal où la solidarité narcissique du même et la connivence homosexuelle sont les alliées d’un fantasme invasif d’androgynie. Une bisexualité psychique qui, en dépit de l’écran de fumée des « nouveaux pères », reste au fond, si souvent taboue et passée sous silence. C’est vrai en général dans notre société et, en particulier à mon sens, dans l’institution Maternité qui s’impose alors comme une institution « sorcière-ogresse » qui fait peur, voire fuir les petits nains qui ne savent pas comment et où honorer leur totem bisexué. La pesanteur de cette menace impacte fortement le processus de paternalité…

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