Soyons Voltairiens !
Éditorial

Soyons Voltairiens !

La néoténie humaine laisse une grande place à l’épigénèse qui ouvre sur une diversité qui fait la richesse de notre espèce, chose utile à rappeler dans le contexte socio-politique actuel… De ce fait, la liberté de penser ne peut être qu’une et entière, elle est
in-négociable et non marchandable. Il en va de même de la liberté de choix des parents quant aux soins de leurs enfants et de la liberté d’enseigner.

La pédopsychiatrie se doit ainsi de refuser de céder au chant des sirènes d’une certaine science d’état. L’autisme infantile est devenu un trouble envahissant du débat et il est, à ce titre, emblématique de ce qui risque de s’organiser à terme pour l’ensemble de la psychologie, de la psychopathologie et de la psychiatrie infanto-juvénile. Peu à peu, en effet, s’instaurent des diktats selon lesquels, au sein des enseignements et des formations, ne devrait être transmis que ce qui rentre strictement dans le cadre des recommandations de la Haute Autorité de Santé, c’est-à-dire à l’exclusion de tout ce qui considère l’autisme non pas comme un simple trouble neurodéveloppemental à seulement rééduquer par des méthodes de type comportemental, mais comme un trouble mental source d’une souffrance psychique indéniable tant pour le patient que pour son entourage.

Il importe alors de redire que l’état devrait s’en tenir à l’organisation des contenants d’action des professionnels et ne s’immiscer aucunement dans le choix de leurs contenus d’action, lesquels varient au fil du temps, ceux qui avaient été adulés à une certaine époque pouvant fort bien se voir honnis dans un temps second… Nous ne soulignerons jamais assez que l’autisme autistise, que les clivages sensoriels des enfants autistes les maintiennent dans des clivages relationnels coûteux, et que nous devons veiller soigneusement à ne pas nous laisser happer par ces mêmes clivages au niveau de nos réflexions cliniques, thérapeutiques et théoriques.

La liberté de soigner et la liberté d’enseigner font partie intégrante de la liberté de penser, et toute entrave à leur égard a valeur de totalitarisme fondé sur l’iculture et l’oubli de l’histoire de la pensée. Faisons nôtres, alors, les derniers mots que Voltaire a prononcés juste avant de mourir :« La seule intolérance possible est celle qui vise l’intolérance elle-même ».