Le lecteur trouvera, parsemé dans ce numéro, le joli mot d’adelphité. C’est l’apôtre Pierre qui, au premier siècle, aurait emprunté les termes d’adelphotès et adelphotéta (du grec adelphòs, issus du même utérus) pour nommer, sans distinction particulière, la communauté religieuse des frères et des sœurs engagés sur le chemin du Christ. Afin de désigner l’amour spécifique unissant les membres de cette communauté, le terme philadelphia réapparaîtra au fil des siècles inspirant, entre autres, son nom à cette grande ville de Pennsylvanie bâtie au XVIIe siècle sur le « rêve » d’un quaker britannique de créer une terre de tolérance et d’égalité, exempte de persécutions ; trois siècles plus tard, la chanson de Bruce Springsteen¹ fera définitivement voler ce doux songe en éclat… C’est à peu près à cette période que le néologisme d’adelphité apparaîtra en langue française, sous la plume de l’écrivaine féministe Florence Montreynaud, dans son Manifeste des Chiennes de garde (1999). De nos jours, l’adelphité est envisagée comme une alternative au terme « fraternité », excluant certaines individualités ou communautés et creusant les inégalités, notamment de genre. De la diversité de ces positions émerge une idée qui intéresse tout particulièrement la psychanalyse : l’existence d’une sœur ou d’un frère ne pourra jamais être acceptée par nature ou par décret mais bien au terme d’un travail psychique suffisamment profond et appuyé sur la haine – fusse-t-elle inconsciente – qu’il ou elle lui inspire.
Charles Baudelaire (1868), on s’en souvient, revendiquait « le droit de choisir ses frères », lui qui haranguait, autant qu’il le mettait en garde, le lecteur des Fleurs du mal avant que celui-ci ne plonge son nez, et parfois tout son être, dans son bouquet vénéneux : « Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, — Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère ! » Se pourrait-il que l’œuvre de Baudelaire nous donne…
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