Introduction
En tant que cliniciennes et thérapeutes exerçant depuis une vingtaine d’années dans un service de pédopsychiatrie, nous sommes régulièrement amenées à intervenir dans le traitement des patient.e.s adolescent.e.s présentant des troubles des conduites alimentaires. Leurs suivis nécessitent un aménagement technique du dispositif thérapeutique classique du fait de la place prépondérante occupée par les symptômes : la prise en charge bifocale associant l’espace de la psychothérapie individuelle dans laquelle nous sommes engagées à celui de la consultation menée par un psychiatre référent du suivi, est essentielle compte tenu de la spécificité des troubles alimentaires. Ceux-ci entraînent d’importants bénéfices sur le plan somatopsychique, qui confortent leur fonction psychotrope et antidépressive et contribuent, ainsi, à leur fixation.
Un dispositif bifocal
Ce dispositif permet tout d’abord de délester le psychothérapeute d’une préoccupation envahissante concernant les symptômes et leur éventuelle aggravation, afin qu’il puisse rester à l’écoute de la singularité du discours des patientes. Protégé de certains éléments de réalité (notamment somatique), il se retrouve moins entravé dans sa lecture du fonctionnement psychique et plus disponible pour être sensible au déploiement des modalités transférentielles dans l’ici et maintenant de l’espace de la psychothérapie. Autre intérêt de ce dispositif bifocal : les patientes s’adressent à plusieurs interlocuteurs, ce qui permet de diffracter leurs investissements et de juguler l’angoisse d’un rapproché potentiellement effractant avec l’objet qui, dans le cadre d’une relation duelle, peut être vécu comme trop proche. Ces deux espaces, tout en médiatisant les liens, autorisent le maintien de clivages fonctionnels (du Moi ou des objets) nécessaires à l’équilibre économique du fonctionnement psychique des patientes.
Leurs mouvements conflictuels sont peu mobilisables au niveau de leur espace psychique interne…
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