Carnet Psy : Tout d’abord merci de nous faire l’honneur de participer à ce numéro sur l’alimentation. Pourriez-vous nous parler d’une philosophie du goût ou de l’alimentation ?
Claire Marin : Je vous remercie de cette invitation parce qu’elle pointe un impensé dans ma réflexion. C’est une question à laquelle je n’ai pas beaucoup réfléchi. J’ai pourtant beaucoup travaillé sur le corps, mais je ne me suis jamais vraiment penchée sur cette question de l’alimentation alors qu’elle touche à la problématique importante du contrôle. Les références qui me viennent spontanément en tête ce sont celles de l’Antiquité où le rapport à l’alimentation s’inscrit dans un souci de soi, un soin du corps guidé par la modération, le besoin naturel de nourrir un corps sans excès. Au-delà de cette référence, j’aurais du mal à trouver des illustrations du rapport à l’alimentation si ce n’est sur un plan métaphorique : ce qui nous vient de l’extérieur qu’on digère, qu’on intègre, dont on s’imprègne. C’est d’ailleurs plutôt de manière métaphorique que la philosophie s’intéresse à la nourriture, dans la lignée de l’héritage platonicien : il y a quelque chose de trop organique dans l’alimentation, elle nous ramène à une vie animale. C’est sans doute la raison pour laquelle ce thème n’occupe pas une place centrale dans les philosophies occidentales.
Chez Xénophon, le dialogue entre l’éromène Autolycos et Socrate se situe lors d’un banquet. Dès lors, est-ce y aurait-il un enjeu autour du cadre de ce que l’alimentation permettrait de faire ou de dire ?
Tout d’abord, le banquet convoque dans notre imaginaire un certain faste, un luxe festif alors que dans les textes antiques, le banquet est surtout une métaphore de l’existence. Dans ce banquet, il…
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