Coordonné par Marie Dessons et Dominique Mazéas
Léonora Carrington
Sarah Troubé - Psychologue clinicienne, maîtresse de conférence, Université Paris Cité

L’exposition consacrée à Léonora Carrington au Musée du Luxembourg présente 126 œuvres de l’artiste née en Angleterre en 1917, qui a vécu en France avant de s’installer au Mexique durant la guerre, jusqu’à sa mort en 2011. Autrice d’une œuvre picturale et littéraire, ancrée dans le mouvement surréaliste, elle mêle les influences des techniques de la renaissance, de l’imaginaire biblique, de Jérôme Bosch, des archétypes jungiens, ainsi que d’une multitude de traditions mythiques et ésotériques. Mais c’est aussi dans l’expérience d’une crise psychotique, survenue en 1940 après une fuite en Espagne et un viol collectif, et suivie d’un internement dans un établissement psychiatrique franquiste, que puise l’inquiétante étrangeté de ses tableaux, imprégnés d’un symbolisme volontairement hermétique.
Les toiles sont souvent composées de juxtapositions incongrues d’éléments hétérogènes, mêlant à des scènes familières des êtres fantomatiques, occultes et mythologiques. Elles n’apparaissent pas seulement comme des projections de traces archaïques, mais comme une figuration des processus psychiques, et en particulier du travail de mise en forme et de transformation opéré pour parvenir à la représentation : les figures hybrides évoquent les transitions, les transmutations et les condensations entre humain et animal, entre homme et femme, entre monde terrestre et monde souterrain, illustrant l’hétérogénéité irréductible des registres psychiques et la résurgence d’une pensée magique et mythique.
Il s’agirait de faire resurgir un pouvoir créateur primitif, proche d’un processus alchimique, que Carrington attribue au féminin et dont…
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