Exposition virtuelle : Le Corps et l’Âme De Donatello à Michel-Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance
Article

Exposition virtuelle : Le Corps et l’Âme De Donatello à Michel-Ange. Sculptures italiennes de la Renaissance

Musée du Louvre. Jusqu’au 18 janvier 2021. Vidéo à voir dans “Visites privées” du Louvre sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=49qcgQ-jBzU

Ce n’est pas parce que les musées et galeries sont à nouveau fermés qu’il faut renoncer à la rubrique sur les expositions. Au contraire. Plus que jamais, la culture nous est indispensable. Tous les musées du monde s’adressent à l’heure actuelle aux spectateurs absents, frustrés et confinés en disant « Vous ne pouvez pas venir au musée, alors le musée vient chez vous ». Profitons des efforts que font les musées pour nous proposer des visites guidées en vidéo, qui ne remplacent évidemment pas les visites in situ, mais qui nourrissent quand même notre besoin d’une expérience esthétique.

Cette exposition qui devait être un des temps forts que le Louvre consacre à la Renaissance italienne en 2019/2020, n’a pu ouvrir que quelques jours. Mais on peut la visiter en vidéo en compagnie de Marc Bormand, commissaire, qui l’a préparée depuis cinq ans avec ses collègues internationaux et en particulier italiens. L’exposition est organisée avec le Musée du Castello Sforzesco de Milan, où elle sera présentée ensuite. Marc Bormand, masqué, au milieu des sculptures que nous montre au fur et à mesure la caméra, nous commente ces œuvres avec beaucoup de compétence et d’enthousiasme. Et elles sont splendides. A l’issue de cette visite, on a appris beaucoup de choses, mais surtout on a très envie d’aller les voir pour de vrai, dès que ce sera possible.

Avec plus de 140 œuvres, l’exposition est conséquente, même si elle ne concerne qu’une période assez courte, de la fin du Quattrocento au début du Cinquecento, période qui a une grande importance pour l’évolution stylistique de la sculpture italienne. Ce qui est apparu pendant cette période, c’est une sculpture qui veut montrer toute l’expressivité de la figuration humaine. C’est le corps habité par l’âme. C’est l’âme qui se manifeste par le corps. Et cela donne à voir des visages magnifiques, des sourires, des mimiques de tendresse ou de terreur, des gestes souvent dramatiques, des drapés, des coiffures sophistiquées, des regards touchants. Les sculpteurs de cette période, tout en restant dans la tradition de l’Antiquité classique, veulent rendre compte de la diversité des mouvements tant du corps que de l’âme.

Ainsi par exemple, la caméra passe devant deux très grandes et belles sculptures de Francesco di Giorgio Martini, qui sont impressionnantes quant à leur expression émotionnelle, complètement opposée. Le commissaire nous apprend qu’elles sont réunies pour la première fois depuis longtemps, l’une, le Saint Christophe, serein et apaisé, se trouvant au Louvre, l’autre, le Saint Jean Baptiste, tout de rage et de colère, venant de la cathédrale de Sienne. Elles témoignent de la recherche de l’artiste pour montrer des sentiments extrêmes.

On découvre des œuvres peu connues, car difficilement accessibles de par leur lieu de conservation (églises, petites communes, situation d’exposition dans les musées) et on re-découvre des œuvres célèbres qu’on connaît déjà. Et c’est là qu’on constate la différence entre celles qu’on a déjà vues et les autres. Les premières, on les reconnaît, on s’en souvient, on les retrouve avec notre mémoire visuelle. L’image qu’on voit sur notre tablette est nourrie par les perceptions visuelles anciennes que nous avons emmagasinées.

Ainsi par exemple pour les célèbres Esclaves de Michel-Ange conservés aujourd’hui au musée du Louvre. Ils ont été entrepris dès 1505, pour le tombeau du pape Jules II, qui devait être un somptueux monument funéraire, mais à la mort du pape, le projet a été abandonné, et les Esclaves ont gagné la France, donnés à François 1er par le biais de Roberto Strozzi à qui Michel-Ange les avait offerts.

Ces deux esclaves, l’Esclave rebelle et l’Esclave mourant (aussi appelé esclave captif ou endormi), on a donc pu les voir auparavant. Je me souviens que je les avais longuement regardés, j’avais tourné autour, je m’étais attardée pour examiner le socle, intriguée par le passage entre le marbre brut et le marbre poli du corps sculpté. Cela crée une dynamique extraordinaire, où les personnages semblent s’extraire du bloc de marbre dont ils font encore partie. Cela, évidemment, est difficile à percevoir sur l’écran, mais en revoyant ces œuvres, l’expérience esthétique antérieure revient.

C’est comme les patients que nous avons actuellement au téléphone. Ceux qu’on a vus pendant des années, on les « visualise » quand on les écoute, c’est comme si on les voyait. Mais pour les plus récents, et surtout les nouveaux, il faut se priver de l’image visuelle, ce qui est beaucoup plus difficile.

Les Esclaves de Michel-Ange sont en effet des œuvres inachevées. Sont-elles inachevées parce que le bloc de marbre avait un défaut ? Ou est-ce que l’inachèvement, fréquent chez Michel-Ange, est une manière de garder un contact avec l’origine du processus artistique, où l’œuvre surgit de la matière brute ?