« Je préférerais pas ». Grandir est-il encore à l’ordre du jour ?

« Je préférerais pas ». Grandir est-il encore à l’ordre du jour ?

Jean-Pierre Lebrun

Editions Érès, 2021, 18€

Bloc-notes

« Je préférerais pas ». Grandir est-il encore à l’ordre du jour ?

Le « I would prefer not to » de Bartleby d'Herman Melville, classiquement traduit par « Je préférerais ne pas » est ici proposé sous la forme simplifiée de « Je préférerais pas », donnant le titre de ce nouvel ouvrage, et « indiquant plus encore le refus valant en soi, sans même viser quelque action en particulier ». Le clerc refuse progressivement de réaliser le travail demandé, en répondant au notaire son fameux « Je préférerais pas » sans autre justification. Bartleby finit par ne plus rien faire, tout en s’incrustant dans un coin de l’étude. Jean-Pierre Lebrun inaugure son essai par cette parabole des temps actuels, prémonitoire concernant Melville, car il y voit l’histoire de la prise de pouvoir par un « sans-pouvoir », et craint une généralisation de ce « syndrome » dans notre société. « Ne nous sommes-nous pas progressivement autorisés à refuser la limite, à rejeter la contrainte, toutes deux étant ressenties comme des atteintes au développement de notre individualité ? » L’auteur voit dans cette mutation anthropologique une perte des exigences en lien avec notre condition de « parlêtre ». En effet, pour grandir, un enfant a besoin d’intérioriser les trois grandes lois de l’autorité, de l’altérité et de l’antériorité. L’autorité, légitime, permet à un enfant d’accepter de se plier au principe de réalité. L’altérité, nécessaire, doit permettre à l’enfant d’intérioriser la « catégorie philosophique de d’autrui ». L’antériorité, évidente, aide l’enfant à recevoir par transmission l’héritage de ses prédécesseurs. Aujourd’hui, ces trois catégories sont contestées sous le couvert d’un égalitarisme démocratique transposé à l’enfant, alors qu’il n’a pas les moyens d’en intérioriser ni les conditions ni les enjeux. Mais ce bouleversement civilisationnel tendant à remplacer un modèle vertical par un autre, horizontal, a déjà de nombreuses conséquences sur le développement des enfants, et plus avant sur l’ensemble de notre société contemporaine.

Jean-Pierre Lebrun nous décrit…

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