Fratrie ou fraternité
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Fratrie ou fraternité

τὸ λεγόμενον ἀδελφὸς ἀνδρὶ παρείη1

« le proverbe [dit] que le frère vienne au secours du frère » 

Platon, République II, 362d7

Le paradoxe du faux-frère

Il y a quelque chose de paradoxal à parler de faux-frère. Bien entendu, ce n’est pas dans une fratrie que le faux-frère se place : il n’est pas la « contrefaçon » d’un fils de famille. En revanche, Judas est, par exemple, un faux-frère : c’est-à-dire qu’il l’est pour les apôtres. Pas de faux-frère, donc, à dénoncer entre Caïn et Abel, ni entre Étéocle et Polynice, etc. : ils sont toujours l’un pour l’autre les mêmes frères avérés. Ce qui du reste n’empêche pas une haine invétérée entre ceux-ci, frères ennemis, plus que chez ceux-là, autour d’un Judas. On peut bien sûr commencer de s’expliquer cela en distinguant entre une fraternité choisie (pour soi) et une autre imposée (par sa famille) ; la fausseté du faux-frère s’analysant comme une fausse promesse, une fidélité trahie. Faux-frère le soi-disant frère, et cela ne vise pas uniquement Judas, puisque Pierre lui aussi… Mais voilà d’autant plus flagrant le paradoxe à prendre pour modèle de fidélité une relation comme celle-là (être-frère-de), qui est loin de garantir l’accord. Partant, comment peut-on voir dans l’idée de fraternité un idéal (de lien) social, alors que la vie en fratrie est si souvent problématique, polémique, voire tragique ? Ainsi posé, le problème amènera à voir en quoi, paradoxalement, l’idée de fraternité oblige à laisser derrière soi non seulement le cadre familial, mais aussi ce qui peut lui ressembler : en passant du familial au politique, puis au cosmopolitique.

Du familial…

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8 articles
La Fratrie. De la haine au fraternel