Dans la collection Le silence des sirènes dirigée par Laurent Danon-Boileau aux éditions Fario vient de paraître Étranger de Patrick Guyomard, ouvrage bref et incisif d’une soixantaine de pages. Deux conférences, revues et corrigées, prononcées à Montréal en avril 2017 et présentées ici en deux chapitres, Étranger et Solitude, qui composent l’ouvrage.
Lire Patrick Guyomard suppose de se laisser emporter loin du thème abordé et donc de devoir envisager des perspectives nouvelles qui jaillissent au fil de la lecture. Ainsi en est-il de « l’erreur de croire que l’étranger est celui qui vient d’ailleurs d’un autre pays ». Car l’étranger est avant tout quelqu’un qui revient, c’est l’homme du retour en somme un revenant. Tout est déstabilisé et vanité que de se croire en sécurité, en appartenance à une identité fixée dans l’illusion d’un confort. Le sol bouge et nous vacillons avec ! D’autant que Guyomard enfonce le clou : « la langue maternelle est la seule langue que je ne choisis pas ». Exit les certitudes complaisantes ! Insensiblement, l’actualité pointe son nez, celle qui chosifie et classe les humains en des cases selon diverses rubriques puis les oppose. Comment alors rendre possible la rencontre ? Entre les êtres, mais également en chacun de nous. Dans ces conditions, l’altérité demeure une quête qui conduit insensiblement à la question du double. Car ce qui guette le sujet est l’inquiétant qu’éveille l’étranger et qui trouble la complaisance de chacun à l’égard de lui-même. Accueillir l’étranger suppose à la fois de donner une place aux revenants et qu’une sépulture en montre la présence.
À ce moment du propos, on mesure l’écart qui règne entre la vie psychique et les éléments de la réalité, entre le monde des humains et celui des dieux car ces deux états…
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