Les rencontres
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Les rencontres

Rubrique coordonnée par Marie Dessons et Dominique Mazéas

Une rencontre archaïque

Marie Dessons, Psychanalyste et maître de conférences, Université de Montpellier

Croire aux fauves, le livre de Nastassja Martin (2019, prix des lycéens Folio 2024), est adapté par Sandrine Raynal au théâtre de La Scala à Paris, jusqu’au 12 avril 2026. Sur scène, Constance Dollé incarne l’anthropologue partie étudier l’animisme chez les Évènes du Kamtchatka. La scène, c’est la rencontre entre la jeune femme et l’ours qui l’a attaquée dans les montagnes, la laissant quasiment pour morte. Étreinte improbable dans un corps-à-corps confusionnant où la mâchoire de l’ours a brisé la mâchoire de la femme : « je suis cette forme incertaine aux traits disparus sous les brèches ouvertes du visage, recouverte d’humeurs et de sang » (p. 13). Selon les croyances animistes évènes, la morsure de l’ours a fait d’elle une miedka, moitié-femme et moitié-ours, faisant imploser les frontières entre les mondes. Dès lors, quelle est la part de l’ours en soi ? Et quelle part d’elle l’ours a-t-il emporté avec lui ? Au-delà de la défiguration, cette rencontre opère une hybridation, mais aussi une métamorphose, une rencontre avec soi-même et une renaissance. « Que veut dire sortir des abysses où règne l’indistinct, choisir de reconstruire d’autres limites à l’aide de nouveaux matériaux trouvés tout au fond […] de la gueule béante d’un autre que soi ? » (p. 142).

Si l’anthropologue parle d’une « rencontre archaïque » (p. 130), ce n’est pas au sens d’une rencontre entre l’homme et la bête, la civilisation et l’animalité la plus bestiale, ou la nature et la culture. La dimension archaïque de la rencontre renvoie…

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