La limite n’est pas une notion qui appartient à l’origine au corpus psychanalytique, on ne la trouve donc pas maniée explicitement par Sigmund Freud si ce n’est dans sa célèbre définition de la pulsion comme concept limite entre le psychique et le somatique. Bien au contraire, l’objet de la psychanalyse est, pour son inventeur, l’inconscient qui ne souffre aucune limite : pas de négation, de doute, de finitude ni de conflictualité. Pourtant, Freud s’est attaché à dessiner deux fois – au fil des deux topiques¹ qu’il a offertes à la métapsychologie psychanalytique – sinon les limites, du moins les délimitations d’un appareil psychique capable de tracer les voies secondarisées de la pensée humaine. Comme entre Gaia et Ouranos dans la Théogonie d’Hésiode, le grand « Chaos » de l’Inconscient, puis du Ça, avait besoin d’une première ligne de partage pour que la vie psychique puisse advenir…
Ce n’est pourtant pas par l’intermédiaire de la « sorcière » métapsychologique que la limite s’est imposée à la psychanalyse, mais bien par la clinique non névrotique sur laquelle les psychanalystes se sont progressivement penchés au cours des trois ou quatre décennies après la mort de Freud. Tout se passa comme si la Seconde Guerre mondiale, et son funeste cortège de traumatismes en « plein » et en « creux », avait fait imploser le paradigme névrotique central de l’œuvre freudienne. La question des enveloppes se fit alors plus centrale et les psychanalystes postfreudiens déplacèrent, au contact quotidien des psychismes désorganisés de leurs patients, leur attention flottante des contenus vers les contenants psychiques. Si l’on pense bien évidemment ici à la relation contenant/contenu de Wilfred R. Bion (1962), au holding de Winnicott (1966) ou à la « peau psychique » d’Esther Bick (1968), ce sont, en France, des auteurs comme André Green, Didier Anzieu, Piera Aulagnier, René…
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