“Comme ce serait beau d’être une femme subissant le coït ”
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“Comme ce serait beau d’être une femme subissant le coït ”

« Comme ce serait beau d’être une femme subissant le coït », constitue la phrase inaugurale de l’entrée du Président Schreber dans la maladie. Un matin, au réveil, Schreber est traversé par cette « fantaisie », comme la nomme Freud1. Ce désir d’être une femme devient l’élément le plus stable du délire de Schreber. D’abord rejeté activement, il se réconciliera avec ce désir de transformation en le rapportant à un dessein divin. Schreber écrit dans ses Mémoires : « Dieu n’entreprendrait jamais de se retirer de moi (...) mais il cèderait tout au contraire et d’une façon continue à l’attraction qui le pousse vers moi s’il m’était possible d’assumer sans cesse le rôle d’une femme que j’étreindrais moi-même sexuellement, si je pouvais sans cesse reposer mes yeux sur des formes féminines, regarder sans cesse des images de femmes, et ainsi de suite ». Si dans la première phase de la maladie, l’émasculation est rejetée dans un mouvement de « protestation virile » qui associe la castration et le fait, écrit Schreber, « d’être livré à cet homme, en vue d’abus sexuels, pour être ensuite tout bonnement « laissé en plan » c’est-à-dire sans doute abandonné à la putréfaction ». Dans la seconde phase, la question de la castration, de la différence des sexes et de la mort ne sont plus. A l’inverse, Schreber écrit : « Dieu réclame un état constant de jouissance comme étant en harmonie avec les conditions d’existence imposées aux âmes par l’ordre de l’univers (...) c’est alors mon devoir de lui offrir cette jouissance ». Il est alors question d’harmonie, de béatitude, de fusion et non plus de séparation, de manque, de mort. Schreber est tout à la fois épouse de Dieu et Mère de l’humanité, fécondé par un miracle, à l’image de la Sainte Vierge, « une femme qui n’a jamais eu de rapport avec un homme » écrit-il.

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