La force des petites choses
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La force des petites choses

Le vent léger

Dominique Mazéas

La beauté est-elle ce à quoi nous nous agrippons désespérément ou bien ce qui, en se révélant, nous fait nous sentir vivant ? Voici une des questions que semble poser le jeune Léonard, confronté avec ses cinq frères et sœur à la mort prochaine de leur mère, et à la tristesse de leur père. Le Vent léger, publié en 2023 par l’auteur québécois Jean-François Beauchemin, est paru l’été dernier dans la collection Folio des éditions Gallimard. Il a dans la foulée pris place jusque dans les étals ouverts à tous vents des papeteries de gares parisiennes, comme une pépite dans la grisaille. « Parfois vous n’avez pas le choix : il faut pour parler avec un maximum d’exactitude s’exprimer en termes plus ou moins poétiques », prévient Léonard… et il fait se côtoyer l’âpreté et la grâce, prend le temps de déployer des images rattrapées par le point final de la phrase qui les clôture soudainement. Ces légères accélérations du rythme font sentir l’échéance et la tristesse qui rôdent sans l’emporter sur tout. Car les questions singulières que se pose le narrateur ne sont jamais éludées. De quelle forme est le chagrin, le nôtre et celui des autres ? Qu’est-ce que la maladie, puis la perte d’un être tant aimé, font au corps des survivants ? Le malheur est-il nu ou la langue peut-elle l’habiller ? Cette langue de Léonard garde les traits de l’enfance. Elle prend soin des souvenirs sensoriels et procède par dissonances délicates entre les mots et les images qu’elle anime. Notre associativité s’en trouve légèrement déplacée de son axe habituel. Dans le monde de cette famille…

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