Introduction
Les relations sororales sont d’une extrême complexité, riches et ambivalentes, teintées d’amour et de haine, au sein d’un lien qui n’a d’autre pareil. Issues d’une même matrice, les sœurs partagent une histoire infantile commune qui donnera le ton à leurs relations adultes. Dans le meilleur des cas, une fois les complexes œdipo-fraternels résolus, c’est la solidarité et une forme d’amour inconditionnel qui forgera le ciment de ce lien unique. Mais, pour ce qui nous intéresse, c’est sur son versant rivalitaire que nous allons ici nous pencher. Il s’agira de nous interroger sur le complexe fraternel dans son intrication à l’œdipe afin d’essayer d’en dégager les spécificités féminines, avant d’en illustrer l’expression rivalitaire par quelques exemples littéraires en résonance avec ma clinique.
Le complexe fraternel et son intrication à l’œdipe
J’ai soutenu dans ma thèse (Bouhassira, 2012) l’idée d’un complexe fraternel qui, bien qu’intriqué à l’œdipe, n’en demeure pas moins authentique et singulier. Contrairement au complexe d’Œdipe, il vient marquer la structure du sujet non plus au sein des relations triangulaires mais d’une quatriangulation œdipo-fraternelle. Ce quatrième terme « fraternel », en plus de ceux du père, de la mère et du sujet, vient s’articuler au triangle, pour y introduire une dimension horizontale entre pairs, dont la fonction principale est celle de l’acquisition d’un moi oscillant entre l’alter et l’ego sans jamais s’y confondre.
Dans le Vocabulaire de psychanalyse, le terme « complexe » renvoie à un ensemble de représentations et de souvenirs en partie inconscients, désignant une structure fondamentale des relations interpersonnelles et la façon dont le sujet y trouve place. Le complexe fraternel, par sa fonction structurante à certains moments du développement humain,…
Déjà abonné ?
Les abonnements Carnet Psy