« Qu’est-ce qui peut bien nous pousser à nous enfermer toute une journée pour parler de destructivité par ce beau matin de printemps ? » s’interroge Sylvain Missonnier en ouverture du colloque organisé à Paris le 17 mai dernier pour la sortie de cet ouvrage publié dans la collection « Psychanalyse vivante », fondée chez In Press par Roger Perron, et qu’il codirige aujourd’hui avec Anne Brun. Comme une réponse indirecte, celle-ci indique dans son introduction que d’autres se sont réunis avant ce colloque printanier puisque le livre rassemble, pour l’essentiel, les contributions d’un cycle de conférences proposé par le remarquable Groupe lyonnais de psychanalyse : « La question obsédante de la destructivité ne cesse de se poser dans l’actualité mondiale avec la prolifération des conflits armés, des massacres de masse, des génocides et le renouvellement perpétuel de la guerre » (p. 9). Face à ces enjeux (géo)politiques incoercibles, l’ouvrage mène une exploration passionnante des figures de la destructivité de l’intérieur du travail psychanalytique avec nos patients. Avant de présenter les axes forts des douze textes qui le constituent, attardons-nous encore un peu sur l’introduction d’Anne Brun qui brosse en quelques pages une synthèse admirable des travaux freudiens sur la pulsion de mort (et ses remaniements théoriques successifs de 1915, 1920, 1929 et 1933-1939) mais aussi de ses prolongements dans la psychanalyse contemporaine. C’est par la répétition d’expériences primitives de mort psychique que s’enrichit par exemple la conceptualisation de la pulsion de mort avec René Roussillon, expériences en quête de subjectivation de ce que le sujet n’a jamais pu s’approprier et qui demeurent clivées de lui. La qualité de la réponse de l’environnement – la famille puis le thérapeute mais plus largement le champ social – devient primordiale ici, selon qu’elle saura, ou ne saura pas, capter, repérer et transformer cette proto-pulsionnalité archaïque, comme chacun des…
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