Alice¹ est une jeune de 16 ans. Nous l’accueillons dans l’une de nos MECS² suite à la révélation d’une situation d’inceste de la part de son père, qu’elle a subie depuis de nombreuses années, malgré les appels à l’aide à sa mère qui n’a pas cru ses propos. Alice ne veut plus entendre parler d’eux. Elle a été « apportée par une cigogne ». L’avant-placement est tabou, elle n’en parle jamais. Elle se met en colère dès que l’on fait la moindre référence à ses parents, dont elle dit avoir même oublié les prénoms.
Alice est pourtant rattrapée par ce passé. Elle fait des cauchemars qui la paniquent, peut entrer en crise dissociative d’un moment à l’autre sans que l’équipe ne comprenne ce qui l’a déclenchée. Dans ces moments, elle est inaccessible, petite chose apeurée, recroquevillée, paniquée.
Alice arrive chez nous avec un projet : se lancer dans une transition de genre. Elle a peu d’informations sur le sujet, n’évoque pas de dysphorie particulière dans l’enfance, mais elle est déterminée à aller dans cette voie. Dans les premiers temps de son accueil qui durera 1 an et demi, je la reçois en tant que psychologue de l’unité pendant plusieurs mois, de manière hebdomadaire. Alice fuit la parole sur les sujets de fond. Le tête-à-tête l’angoisse, si bien que les médiations apparaissent absolument nécessaires et salvatrices. Nous faisons d’abord des puzzles puis, quand le lien est plus installé, nous modelons de l’argile ou nous dessinons. Parfois il faut ajouter de la musique, car Alice vit mal les silences du tête-à-tête. Au bout de quelques mois, quand une prise en charge psychologique débutera dans une institution de soin, nos entretiens se feront plus ponctuels, tout en continuant de nous croiser…
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