Mes chères sœurs, mes chers frères, chers lecteurs… Pouvons-nous arguer du fraternel entre nous au nom de ce que, par exemple, Sigmund Freud serait notre père spirituel et Melanie Klein (au hasard) notre mère ? Malgré le fait que nous n’ayons pas les mêmes parents, serions-nous des frères et sœurs thérapeutes ? Les rivalités dans nos institutions psychanalytiques, pour ne citer qu’elles, témoignent de la fragilité d’un lien adelphique toujours à construire, à entretenir et à surveiller. Rappelons-nous : au commencement, Caïn tua son frère Abel. Gérard Haddad, psychanalyste analysé par Lacan, a théorisé le complexe de Caïn et nous en donne les fondements dans l’entretien inaugural de ce numéro. Selon lui, Freud a commis une « erreur » en plaçant le parricide au fondement du lien social (dans Totem et tabou), alors que le véritable meurtre originaire serait fratricide : Caïn tuant Abel. Ce meurtre du semblable, attesté dans la Genèse et dans de multiples mythes fondateurs (Romulus et Rémus, Antigone, chez Shakespeare, etc.), constitue pour Haddad la matrice des violences humaines, de la rivalité quotidienne aux génocides. Le complexe de Caïn désigne ainsi une structure psychique universelle et persistante, distincte du complexe d’Œdipe : là où œdipe s’achève par l’acceptation de la Loi et du renoncement incestueux, caïn, lui, ne se résout jamais. Il traduit la haine du frère, la peur du double, l’impossible coexistence avec le semblable – moteur des guerres, des fanatismes et des exclusions. Chaque fois qu’une situation de conflit se présente, le complexe de Caïn se met en action selon Haddad, qui voit dans cet axe la psychanalyse de l’avenir.
Ghislain Lévy, le premier auteur de notre dossier, lui emboîte le pas avec son Malaise dans la fraternité (2024), ouvrage dans lequel il analyse la crise contemporaine du lien fraternel à la lumière de la psychanalyse freudienne. Partant de sa pratique clinique, il…
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