La douleur d’exister
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La douleur d’exister

Jules a 26 ans. De grande taille, élégant, il m’évoque un dandy tout droit sorti d’une nouvelle de Guy de Maupassant. L’emphase de son élocution, ses références culturelles, la curiosité de ses intonations et de ses postures, me donnent parfois l’impression de recevoir un jeune adulte venu d’un autre siècle. Oui, Jules est hors temps. Et pour que sa bulle de temps résiste à toute épreuve, il se sert d’artifices, qui lui procurent pour un moment, jamais suffisant ni pleinement satisfaisant, l’illusion d’arrêter le temps. Grand consommateur de cocaïne depuis une dizaine d’années, il vient consulter à partir de ce qu’il qualifie de sa « blessure » : la compagne avec laquelle il vivait depuis quelques années, après s’être battue sans succès contre sa toxicomanie et lui avoir conseillé à maintes reprises d’aller consulter, s’est découragée et a décidé de le quitter. Elle lui demandait de changer, il n’en était pas capable. Désormais confronté à cette perte, il se demande s’il n’est pas temps pour lui d’accepter d’aller « voir quelqu’un ». Tout se passe comme si sa demande de psychothérapie était secrètement portée par la promesse de retrouvailles avec elle. Lors de la première séance, il décrit particulièrement l’évolution de sa symptomatologie de dépendance articulée à quelques moments de son histoire. Dès la deuxième séance, il s’étonne que je ne mette pas en place avec lui un programme pour l’aider à se sevrer. « Ça sert à quoi alors de venir vous voir si vous ne faites rien pour m’aider ? » Je lui explique plus précisément les modalités d’une psychothérapie analytique ; les différences avec une prise en charge médicale spécialisée, ce à quoi - à ma surprise - il se déclare intéressé pour s’engager dans un tel cheminement.

De séance en séance, je remarque, dès qu’il arrive…

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