Sans les parents, l’analyste d’enfant se trouve sans patient à traiter. Pourtant, un obstacle s’impose à tout clinicien de l’enfance : conduire son enfant en consultation est le plus souvent le fruit d’un long parcours, entre résignation et impuissance. Confrontés aux symptômes de leur enfant, les parents se font interprètes, dans un mouvement qui les ramène aux limites de leur idéalisation. Cette perte d’idéaux constitue un échec narcissique renforçant leur résistance. L’analyste est alors celui qui pourrait faire magiquement disparaître les entraves ou devrait confirmer sa propre impuissance à résoudre les problèmes posés pour ménager le narcissisme parental.
Dans ce décor ordinaire de la première rencontre, le système défensif parental se trouve mobilisé d’une façon plutôt adverse. L’avenir de l’aventure va largement dépendre de la mise en mouvement de chacune de ces organisations et la technique du consultant mise à l’épreuve d’emblée. Laissés à eux-mêmes alors que l’on s’entretient avec leur enfant, la salle d’attente se remplit parfois de rêveries, de remémorations et d’éprouvés. Il est fréquent qu’un parent revienne et dise « j’ai oublié de vous dire ceci, j’ai pensé à cela », signes initiaux d’un premier après-coup de ce que la consultation actualise.
Mais, pour que cette situation ait lieu, il convient que chacun (re)trouve le chemin de son fonctionnement, soutenu par l’attention de l’analyste. Ce dernier doit tout à la fois rencontrer des parents blessés, inquiets et prêts à des mouvements d’idéalisation à risque de renversement, comprendre l’histoire familiale et tenter de comprendre les symptômes de l’enfant. L’analyste doit pouvoir être ressenti comme un allié permettant de chercher des solutions aux problèmes de l’enfant. En cas d’échec, l’intérêt diminue, on assiste à un repli narcissique et au déploiement de défenses de nature paranoïde.
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