Lors de la première rencontre avec des parents venus consulter pour leur enfant, outre l’inquiétude ou la souffrance évidente, le clinicien peut être frappé par une façon particulière de parler de l’enfant comme d’un être devenu difficile à atteindre, un étranger : « Il ne nous écoute plus », « elle n’est plus comme avant », « on ne sait plus quoi faire », « il faut que ça cesse ». Derrière ces phrases si courantes, se cache bien plus que la simple description d’un symptôme, on y devine une crise plus profonde. Comme si l’enfant, en grandissant, se troublant, se retirant ou débordant, venait également déplacer quelque chose de l’équilibre psychique familial, réveillant chez ses parents d’anciennes zones de vulnérabilité et des conflits restés silencieux.
La clinique de l’enfant confronte les praticiens à cette difficulté fondamentale : il n’existe pas d’enfant seul. Même lorsqu’on le reçoit individuellement, qu’un espace psychique personnel peut progressivement se construire dans le transfert, l’enfant arrive toujours accompagné d’un monde relationnel qui l’habite et qu’il habite en retour. Son cortège de symptômes, pas davantage que les ressources de son Moi en construction, ne peuvent être pensés indépendamment de ces liens. Toutefois, il importe de ne pas réduire la souffrance de l’enfant à un simple effet mécanique du fonctionnement familial ni reconduire d’anciens modèles culpabilisants qui ont longtemps pesé sur les parents – et particulièrement sur les mères – dans l’histoire de la psychopathologie infantile.
Cette tension traverse toute l’histoire de la psychanalyse de l’enfant. D’un côté, l’affirmation progressive de l’enfant comme sujet à part entière, porteur d’une conflictualité interne et d’une vie fantasmatique propre. De l’autre, la prise en compte de son immaturité psychique impliquant de facto le rôle de l’environnement précoce et de leurs interactions dans la constitution de…
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