Carnet Psy : Ghyslain Lévy, vous avez publié, à l’automne 2024, un ouvrage intitulé Malaise dans la fraternité (Campagne Première). Pourquoi ce livre maintenant ?
Ghyslain Lévy : À votre question je vois au moins deux directions dans ma réponse. La première concerne ma pratique clinique au quotidien. J’y entends régulièrement, et pas seulement chez des adolescents et de jeunes adultes, l’importance des affrontements entre frères et sœurs autour de la rivalité dans l’amour des parents, la violence du sentiment d’injustice, d’inégalité insupportable, la haine des petites et grandes différences, la jalousie féroce qui n’en démord pas. J’ai été frappé, dans ma pratique, par l’exacerbation des souhaits fratricides dans des moments de crise dans le groupe familial. Ceci m’a conduit à donner des conférences au Québec sur le thème de la « frérocité » : cette chimère sémantique associant fraternité et férocité, comme me l’indiquaient mes expériences cliniques.
La seconde direction vers laquelle m’a conduit votre question « Pourquoi maintenant ? » concerne mon livre précédant : La Vie partielle (Campagne Première, 2021). J’y faisais le constat qu’avec le confinement de toute une population, une angoisse de mort mobilisée au quotidien et l’effroi d’une proximité de l’autre comme potentiel de contamination et de mort avaient été mis à découvert. J’en avais analysé les conséquences directes en termes d’effondrement des tabous collectifs portant sur le lien d’interdit de meurtre et d’interdit de l’inceste, c’est-à-dire du mélange lié à la promiscuité du confinement. J’y suggérais déjà combien la menace pesait désormais sur la relation à l’autre, au semblable, une menace portant sur les idéaux de solidarité constituant la base même de ce que l’on appelle la fraternité humaine. Bien sûr, n’oublions pas que Freud a toujours considéré la fraternité comme une formation réactionnelle ; néanmoins, ces valeurs…
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