« Le premier chapitre de l’histoire humaine ne commence pas le jour de la naissance »
Entretien

« Le premier chapitre de l’histoire humaine ne commence pas le jour de la naissance »


Sylvain Missonnier est professeur émérite de psychologie clinique de la périnatalité à l’Université Paris Cité, membre du laboratoire PCPP (EA 4056). Psychologue à l’hôpital Necker-Enfants malades, service de psychiatrie infantile, il est psychanalyste SPP, président de l’Institut du virtuel Seine Ouest (IVSO). Propos recueillis par Olga Perelman, psychologue clinicienne, chargée de mission de formation au Copes (Association Cerep-Phymentin), docteur du Laboratoire psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse (PCPP EA-4056), Université de Paris.

Carnet Psy : C’est un plaisir d’échanger avec vous Sylvain Missonnier, à l’occasion de la sortie de votre nouvel ouvrage, La consultation thérapeutique avant et après la naissance, publié chez Érès (2026), un livre précieux pour tous les cliniciens qui s’intéressent à la périnatalité et à ce temps si singulier où se nouent, déjà, des enjeux psychiques majeurs avant même la naissance. Votre livre et votre parcours en tant que psychologue de la périnatalité nous invitent précisément à penser ensemble l’avant et l’après, le prénatal et le postnatal, dans une continuité clinique et théorique.

Sylvain Missonnier : Un grand merci, chère Olga Perelman, de partager cette interview avec moi. Vos travaux sur la rencontre entre le « devenir père » et l’échographie obstétricale constituent un maillon important de notre cheminement commun en recherche clinique périnatale. La clinique périnatale est avant tout une pratique sur le terrain interdisciplinaire entre « psychistes » et « somaticiens ». Mais, à l’instar de votre thèse (Perelman, 2018), c’est aussi une expérience de recherche clinique dans cet environnement spécifique. L’apport de la recherche à cette clinique a été majeur ces dernières décennies et je suis heureux de partager cette interview avec une clinicienne-chercheuse qui a contribué à cette extension heuristique. J’ai l’honneur d’avoir été le premier professeur de clinique de la périnatalité en France à l’Université Paris Cité en 2000. Cette création de poste parue au Journal officiel a été rendue possible par deux analystes spécialistes des adolescents les professeurs François Marty et Catherine Chabert et ce n’est certainement pas un hasard. J’observe avec satisfaction que de nombreux UFR de psychologie clinique ont ouvert depuis des postes d’enseignant-chercheur de clinique périnatale.

Vous revenez dans votre ouvrage sur plusieurs décennies de travail en psychologie clinique périnatale. Qu’est-ce qui vous a conduit à faire de cette période un objet central de votre réflexion clinique et théorique ? Qu’est-ce que la périnatalité représente dans votre parcours de psychologue-psychanalyste ?

J’ai commencé mon métier de clinicien en pédopsychiatrie avec la clinique des enfants psychotiques ou autistes. D’emblée, mon attention a été attirée par leur « biographie » périnatale qui me semblait être un « angle mort » des anamnèses disponibles alors que, à la même époque, je découvrais exactement le contraire avec la richesse de la clinique du bébé avec Serge Lebovici à l’Université de médecine de Bobigny et ma formation à l’échelle de Brazelton dédiée aux nouveau-nés avec Serge Stoléru. 

Simultanément, au CMP de Versailles, Jean Lemaire m’a soutenu pour prendre contact avec la maternité où Pierre Lasfargues, chef de service de la maternité de Versailles, a accepté de m’accueillir pour mes débuts de clinicien en maternité¹. Chemin faisant, la généralisation relative de la présence des psychologues et des psychiatres dans les services de maternité, de néonatalogie, de procréation médicale assistée (PMA), de protection de l’enfance… a donné de la consistance à la clinique périnatale qui est devenue institutionnellement et cliniquement convaincante. Des pionniers comme Michel Soulé et Monique Bydlowski à Paris ou encore Françoise Molénat à Montpellier ont joué un rôle stratégique dans ce sens. 

Pour autant, cette reconnaissance de la clinique périnatale reste aujourd’hui en France, en 2026, fragile et inégale pour plusieurs raisons. D’abord, car elle est géographiquement hétérogène sur le territoire. Certaines régions ont fait un usage pertinent des moyens donnés par les plans successifs de périnatalité de 1994 et 2005², d’autres, au contraire, sont restées plus distantes en faisant des choix préventifs davantage au profit de l’enfance et de l’adolescence en pédopsychiatrie. Ensuite, la pertinence d’une prévention primaire et secondaire en périnatalité avec les moyens financiers et institutionnels nécessaires n’est pas unanimement partagée. La hiérarchisation et la ventilation des moyens financiers et humains en pédopsychiatrie sont un débat passionnant et légitime qui mérite d’advenir. En organisant les colloques « BB/ADOS » avec Carnet Psy, Alain Braconnier et Bernard Golse, et désormais Sarah Bydlowski et Alexandre Morel, nous avons tenté d’apporter une réponse à cette question difficile en explorant les résonances croisées entre ces différents âges de la vie et l’intérêt d’envisager une synergie psychopathologique de ces espaces cliniques plutôt que des segments développementaux clivés. Le 11e colloque « BB/ADOS » s’est tenu en novembre 2025 dernier³.

Votre travail s’inscrit dans une histoire de la clinique périnatale d’inspiration psychanalytique, et vous rendez hommage à plusieurs figures majeures, de Winnicott à Serge Lebovici. Quels ont été, pour vous, les apports les plus décisifs de ces auteurs et en quoi nourrissent-ils encore aujourd’hui votre manière de penser la clinique périnatale ?

Ce qui est le plus saillant avec Winnicott et Lebovici, c’est que le bébé est véritablement considéré comme une personne. Le bébé est une personne est le titre d’un film célèbre et d’un livre de 1999 de Bernard Martino qui a révélé au grand public « les compétences du bébé » que Brazelton a rendu célèbres à cette époque. Le bébé n’est pas seulement une « éponge » passive qui se remplit de ce qu’il reçoit de son environnement, mais un sujet actif à part entière, un acteur original de son développement social, cognitif, affectif et fantasmatique. Dans les consultations psychanalytiques parents/bébé, Lebovici nous sensibilisait à l’authentique partition transférentielle du bébé et comment l’analyste peut en « accuser réception ». À l’époque, le débat entre Lebovici à Paris, Cramer et Palacio-Espasa à Genève, était passionnant : la consultation thérapeutique est-elle le lieu – en termes bioniens – de « détoxification » des identifications projectives pathologiques parentales à l’égard du bébé – position de Cramer et Palacio – ou bien l’accueil du transfert du bébé – position de Lebovici ? 

Nourris de la richesse de ces débats, mais aussi des apports des attachementistes (Pierrehumbert, 2012), la pratique de la consultation thérapeutique nous montre que ces deux options sont raisonnables et complémentaires et constituent un gradient dialectique singulier propre à chaque situation. Pour toutes les situations originales, un ajustement s’opère entre ces deux polarités complémentaires. En plus des analystes comme Lebovici, Cramer et Palacio-Espasa, ma dette est aussi grande à l’égard de la psychanalyste Melanie Klein qui, dans le sillage de Ferenczi, a exploré la richesse de la réalité psychique des très jeunes enfants avec des outils psychanalytiques. Je pense aussi que mon apprentissage de l’observation du bébé selon la méthode d’Esther Bick avec Marie-Jacqueline Tricaud est prépondérant.

Vous présentez la consultation thérapeutique comme un dispositif particulièrement ajusté aux crises périnatales. Qu’a-t-elle de spécifique dans sa manière d’accueillir et de mobiliser le processus du devenir parent ?

C’est un cadre à géométrie variable qui permet de faire de la dentelle « sur mesure » en partant de l’observation du triangle relationnel parents/fœtus/bébé et en accordant une part importante au contre-transfert de l’analyste. Convenons au départ que ce qui conduit à une consultation thérapeutique est très variable en périnatalité. De nombreuses situations peuvent conduire à une consultation thérapeutique avant ou après la naissance : une suspicion ou une révélation d’anomalie ou de maladie fœtale, néonatale, une annonce de handicap, un trouble précocissime de la parentalité, une crise conjugale, éventuellement la psychopathologie d’un ou des parents, des troubles psychosomatiques précoces du bébé… Alors, qui adresse vers une consultation thérapeutique ? Une multitude de soignants de l’hôpital ou en ville : obstétriciens, échographistes, généticiens, pédiatres, sages-femmes, puéricultrices, conseillers conjugaux, psychiatres, psychologues de diverses institutions (maternité, service de néonatalogie, pédiatrie, PMI, CMP, services de protection de l’enfance, etc.) Cette grande diversité ne doit pas faire obstacle à la qualité du dialogue entre ce soignant, cette équipe qui adresse et le consultant qui va proposer une consultation thérapeutique avant ou après la naissance. Trop souvent, les « adresseurs » se plaignent de ne plus avoir ensuite de nouvelles de la famille orientée. C’est bien dommage car, à la condition sine qua non que le consentement explicite des parents soit demandé et donné à ces échanges, ce dialogue peut se révéler fécond pour chacun des soignants dans leur cadre respectif. Chacune de ces situations très diversifiées invite à construire un cadre spécifique. Ce qui s’impose comme dénominateur commun, c’est la croyance explicite de l’analyste en l’intérêt d’une narration historicisante mettant en scène l’embryon/fœtus/bébé, sa famille et les soignants impliqués. Avec cette narration historicisante, le clinicien est face aux enjeux métapsychologiques présentés dans le fameux texte freudien de 1914 « Remémoration, répétition, et perlaboration ». Dans le meilleur des cas, l’analyste porte une attention « bifocale » : il est sensible à la partition intersubjective du bébé et, simultanément, à celle des parents. Des parents dont le « bébé dans l’adulte » est particulièrement actualisé à cette occasion. C’est là la caractéristique majeure transgénérationnelle de ces consultations. Serge Lebovici affectionnait d’ailleurs la notion de « mandat générationnel » pour pointer cet héritage et sa transmission (Bydlowski, M., 2001). 

Dans un précédent ouvrage, Clinique des métamorphoses (2020), je défends l’hypothèse selon laquelle la grossesse n’est pas seulement une crise mais bien, dans le meilleur des cas, une métamorphose. Parce que la crise en périnatalité, mais pas seulement, est souvent source de répétitions stériles dans la mise en scène du conflit et des stratégies en réponse pour tenter d’en sortir. Le processus de la parentalité, au croisement du devenir mère et du devenir père, va provoquer une crise individuelle et conjugale qui débouchera – dans les bons cas – sur une métamorphose au profit de l’accueil d’un nouvel être humain différencié et pas seulement chargé d’un « mandat générationnel » narcissique et réparateur des parents. Ce livre de 2020 m’a naturellement conduit à la question suivante : que faire quand des « apprentis » parents restent coincés dans la crise avec des fantômes du passé, des traumatismes réactivés, des blessures indicibles mal cicatrisées, etc. ? La consultation thérapeutique avant et après la naissance est un des espaces possibles pour accueillir les « fantômes dans la chambre d’enfant » (Fraiberg, 2012), la détresse et les impasses de ces crises.

Vous consacrez un chapitre important à l’énaction et au contre-transfert corporel. En quoi le corps du thérapeute constitue-t-il, dans la clinique périnatale, un outil de compréhension et d’intervention particulièrement précieux ? Et comment ces notions aident-elles à penser ce qui se joue dans la rencontre clinique avec les parents et le bébé ?

Oui merci de cette question sur un point qui me tient très à cœur. C’est certainement l’un des apports les plus originaux de la consultation thérapeutique périnatale au cadre psychanalytique en général bien au-delà de la clinique avant et après la naissance : le corps de l’analyste est un « récepteur » électif du transfert du patient, quel que soit son âge. Avec l’infans – celui qui ne parle pas – ce canal est particulièrement mobilisé dans la consultation. Ce canal est aux antipodes d’une écoute intellectualisante et force est de constater qu’elle provoque de nombreuses résistances ! Dans le laboratoire du PCPP (Psychologie clinique, psychopathologie, psychanalyse), avec Jérôme Boutinaud, un « Thema » centré sur le « contre-transfert corporel » explore avec acuité ce nouveau champ très prometteur. Une publication récente fait d’ailleurs écho à ces travaux de recherche (Boutinaud, 2025).

Vos vignettes cliniques, notamment M. et Mme R, Mme B. et Dino, Mme T., montrent avec beaucoup de finesse combien l’arrivée d’un enfant peut réactiver l’histoire infantile des parents, leur ambivalence, parfois leurs fantasmes agressifs ou leurs phobies d’impulsion. Dans un contexte où la parentalité est souvent idéalisée, comment aider les parents à reconnaître cette ambivalence sans les culpabiliser ?

Merci de me donner l’occasion, en citant M. R, de mettre l’accent sur la nécessité d’accueillir les pères dans une stratégie de soin humaniste en périnatalité. Trop souvent les pères sont les grands oubliés en clinique de la périnatalité, or il existe a priori autant de bonnes raisons d’accueillir les mille et une formes de souffrance et de potentialités créatrices du « devenir mère » que du « devenir père » ! J’ai milité en faveur de groupes de parole de pères en maternité et j’ai la joie de voir que cela a donné des idées à des collègues. Il y a du mieux heureusement : autrefois, on ne parlait en France que d’unités de soins « mères/bébés » souvent rebaptisées aujourd’hui, fort heureusement, unités « parents/bébés » (Glangeaud-Freudenthal, Gressier,  2017). 

Alors, avec Mme B et Dino, je témoigne d’une clinique complexe, celle de la phobie d’impulsion. Je crois sa prévalence très sous-estimée en post-partum. Je défends l’hypothèse d’une forme quasi « normale » de cette phobie qui constitue à mon sens l’ombre, le négatif de la sacro-sainte, rassurante et idéalisée « préoccupation maternelle primaire ». Chez les soignants en général et avec ceux du périnatal en particulier, la phobie d’impulsion vient poser une question redoutable : comment accueillir et contenir l’impensable et culpabilisante menace de destructivité en périnatalité ? Quand on travaille en maternité, on réalise à quel point le territoire de la naissance est un espace-temps idéalisé où la mort, la maladie et la souffrance n’ont pas leur place dans la psyché collective. Or, le quotidien clinique en périnatalité démontre cyniquement tout l’inverse : Thanatos est bien présent à la source même du jaillissement de la vie. 

La clinique du diagnostic anténatal illustre ce paradoxe. La vertigineuse proximité de ces forces de vie et de mort est une des caractéristiques essentielles en périnatalité et un fil rouge dans les consultations thérapeutiques avant et après la naissance. Dans ce même sens, je pense aussi à une remarquable recherche récente conduite par Marie Courtaux (2023) sur l’hémorragie du post-partum (HPP). Il s’agit de la principale cause de mortalité maternelle dans le monde. En France, sa fréquence varie de 5 à 10 % des accouchements. Cette complication obstétricale est fortement redoutée par les équipes médicales et soignantes car sa survenue est soudaine et inattendue. Elle demande une prise en charge multidisciplinaire qui s’ajuste au fur et à mesure de sa gravité et de son évolution. Certaines femmes peuvent être transférées d’urgence dans une autre structure hospitalière disposant d’un matériel spécifique leur permettant de recevoir certains traitements. Ce transfert les sépare donc de leur bébé et de leur partenaire, restant tous les deux à la maternité d’origine. Ces femmes passent donc subitement de l’univers de la naissance et de la maternité à celui du risque de mort et de la réanimation. L’équipe médicale du centre de référence des prises en charge des HPP graves en Île-de-France s’est inquiétée et interrogée sur les difficultés d’un certain nombre d’entre elles à entrer en relation et s’intéresser à leur bébé, une fois stabilisées et sorties de réanimation. 

En réponse aux questions des obstétriciens, l’objectif de cette recherche était de pouvoir explorer la singularité chez les parents et les soignants de la traversée de cette HPP pour déceler les processus et les enjeux psychiques exigés par une telle expérience et apporter des éléments de réponse sur les motifs conscients et inconscients de leurs difficultés. La difficulté voire l’impossibilité de ces femmes à s’engager dans la rencontre puis dans l’investissement du bébé est-elle liée à l’intensité de l’expérience de l’HPP, notamment à l’expérience extrême du frôlement de la mort ? Quel est le travail psychique exigé par une telle expérience traumatique et qu’est-ce qui peut l’entraver ? De quelle façon ce travail psychique s’articule-t-il à celui du devenir mère ? Cela faisait partie des questionnements de cette recherche particulièrement précieuse pour l’accompagnement de ces femmes, de ces couples.

Le cœur de votre livre est sans doute votre plaidoyer en faveur d’une consultation thérapeutique anténatale. Vous montrez que le postnatal est aujourd’hui beaucoup mieux « cartographié » que le temps prénatal. Pourquoi cette asymétrie persiste-t-elle selon vous ? Et pourquoi est-il devenu si important, aujourd’hui, d’étendre pleinement la consultation thérapeutique au temps de la grossesse ?

La grossesse a été pendant des siècles une terra incognita à la fois silenciée, sanctuarisée et idéalisée. Cette ambivalence opiniâtre à l’égard du prénatal est indissociable de l’aura incestuel de la grossesse, notre terre première – heimat – source de nostalgie – heimweh. Nos sociétés reposent sur l’interdit de l’inceste et la clinique de la grossesse soulève de nombreuses résistances, tour à tour incarnées par des postures défensives répulsives et/ou attractives. Quand je travaillais en maternité, j’étais frappé par le clivage entre les acteurs du prénatal – sages-femmes, obstétriciens, anesthésistes – et le postnatal. Un premier exemple emblématique de ce clivage défensif : un ou une échographiste perçoit un malaise dans la maternalité, la paternalité, la conjugalité, l’émergence du lien prénatal pendant un examen et rien n’est transmis aux soignants d’après la naissance qui ignorent tout de l’histoire de la grossesse. Combien de fois ai-je été conduit à mettre en perspective, c’est-à-dire historiciser un trouble parental à l’échographie et un malaise parental en post-partum – blues, dépression, dysparentalité, trouble psychosomatique du bébé…  La clinique périnatale s’enracine dans cette reconnaissance du continuum du « premier chapitre » périnatal de l’humain. 

Deuxième exemple majeur de cette ambivalence : la mort de « l’enfant » à naître pendant la grossesse. Comme la recherche a pu le montrer, quand la mort de l’embryon/fœtus survient avant la naissance, une véritable omerta sociétale vient museler la plainte parentale impensable et indicible. Les recherches de Marie-José Soubieux (2008), et de Bérengère Beauquier-Maccotta (2020), Marie-Emmanuelle Mériot, Jessica Shulz et Diane de Wailly donnent une nouvelle vision clinique et des pistes thérapeutiques à cette tragédie. Face à ces drames, la consultation thérapeutique et les groupes de parole sont des réponses thérapeutiques pertinentes.

Pour conclure, après plusieurs décennies d’évolution de la psychologie clinique périnatale, quels vous semblent être les grands défis théoriques, cliniques et institutionnels des années à venir ? Et si vous deviez transmettre une idée essentielle aux jeunes cliniciens qui découvrent aujourd’hui la périnatalité, laquelle choisiriez-vous ?

Et bien justement celle du « premier chapitre périnatal » ­– c’est le nom de mon séminaire où tous les cliniciens curieux de périnatalité sont les bienvenus⁴ ! Le « premier chapitre » de l’histoire humaine ne commence pas le jour de la naissance mais se déploie dans la temporalité périnatale explorée récemment avec mon ami Bernard Golse dans une perspective métapsychologique. Cette conception invite à construire des stratégies préventives primaires et secondaires qui ne se limitent pas au post-partum. La consultation thérapeutique est la figure de proue de cette stratégie mais n’oublions pas l’haptonomie, la préparation à la naissance, les groupes de parole, etc.

Notes

1. L’ouvrage La consultation thérapeutique périnatale. Un psychologue à la maternité (2003) témoigne de ce parcours inaugural.

2.https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_perinatalite_2005-2007.pdf

3.https://carnetpsy.fr/colloque/lenigme-des-regards/#content

4.  Vous trouverez le programme ici : https://www.rap5.org/Seminaires_evenements/Seminaires/Premier_chapitre/Agenda

Bibliographie

• Beauquier-Maccotta, B., Emmanuelle Mériot, M., Missonnier, S., Shulz, J., Soubieux, M.J., de Wailly, D., 2020, Le Deuil périnatal, cliniques, pratiques et dispositifs thérapeutiques, Paris, Masson.

• Boutinaud, J., (dir.), 2025. Images du corps Quelles cliniques ?, Paris, InPress.

• Bydlowski, M., 2001. « Le “Mandat transgénérationnel” selon Serge Lebovici », Spirale, n°17(1).

• Courtaux, M., 2023. « Quand donner la vie rime avec risquer la mort : singularités de l’expérience de femmes après une hémorragie du post-partum et leurs effets sur le devenir mère », Thèse. https://theses.hal.science/tel-04131532

• Fraiberg, S. (dir.), 2012. Fantômes dans la chambre d’enfants : Évaluation et thérapie des perturbations de la santé mentale du nourrisson, Paris, Puf. 

• Glangeaud-Freudenthal, N., Gressier, F., 2017. « Accueillir les pères en périnatalité », Cahier Marcé n°7..

• Missonnier, S. 2015. Rencontre avec Michel Soulé. De la psychiatrie de l’enfant à la psychiatrie fœtale, Toulouse, Érès.

• Missonnier S., 2020. Clinique des métamorphoses, Toulouse, Érès.

• Missonnier S., Golse B., 2021. Le Foetus/bébé au regard de la psychanalyse. Vers une métapsychologie périnatale, Paris, Puf.

• Perelman, O., 2018. « Dynamique psychique paternelle dans la situation échographique : approche clinique et projective de la paternité durant la grossesse », Thèse. https://theses.fr/2018USPCB101.

• Pierrehumbert, B. (dir.), 2012. L’Attachement, de la théorie à la clinique, Toulouse, Érès.

• Soubieux, M.J., 2008. Le Berceau vide, Toulouse, Érès, 2016.