Le Surmoi est l’un de ces concepts psychanalytiques que l’on croit connaître avant même d’avoir ouvert un manuel de psychologie. Qui n’a pas entendu, au détour d’un cours de philosophie, cette définition un peu simpliste : le Surmoi, c’est cette voix intérieure qui nous dicte les règles, qui répète les interdits parentaux, qui nous rappelle à l’ordre quand nous nous écartons du droit chemin ? Présenté comme l’instance civilisatrice par excellence, il incarnerait ce qui fait de nous des êtres sociaux, capables de vivre ensemble sans céder à nos pulsions les plus sauvages. Un bon enfant, un bon citoyen, voilà ce que le Surmoi nous permettrait d’être. Pourtant, si cette première approche a le mérite de la clarté, elle en dit aussi long sur la manière dont la psychanalyse est parfois enseignée : comme un ensemble de notions figées, réduites à leur fonction la plus évidente. Or, dès que l’on s’engage dans un enseignement psychanalytique, on découvre rapidement que le Surmoi est bien plus qu’un simple gendarme intérieur.
Le Surmoi gagne en effet à être pensé en des termes pluriels, comme le souligne Jacques André. L’accès à l’humour, la protection bienveillante ou encore le travail de différenciation crucial à l’adolescence témoignent de multiples fonctions psychiques auxquelles le Surmoi participe. Loin d’être une entité statique, le Surmoi connaît de profonds remaniements au cours de la vie psychique. Freud a d’abord identifié le Surmoi œdipien, mais les développements ultérieurs ont révélé d’autres configurations comme le Surmoi post-pubertaire, qui émerge lorsque le sujet parvient à une impersonnalisation symbolique de cette instance (Donnet, 2009) ou encore le Surmoi préœdipien, décrit par Melanie Klein comme une formation plus archaïque.
La question de l’origine du Surmoi se pose avec une acuité particulière : instance à…
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