Introduction
« Regarde, le voilà donc ce monde qui a l’air si dangereux. Un jeu d’enfant, tout juste bon à ce qu’on en plaisante ! » ; de toutes les « paroles » adressées au Moi par le Surmoi, dont Freud fait l’inventaire, celle-ci est la plus surprenante. L’humour, plus précisément celui de l’autodérision, défend le Moi contre « ses propres possibilités de souffrance ». Ça ne change pas le monde mais cela permet au moins de le voir, de le vivre autrement. « Nous connaissons le surmoi comme un maître sévère », et voilà qu’il « condescend à accorder au moi un petit gain de plaisir ». Le Surmoi (comme le père) ne se contente pas d’interdire et condamner, à l’occasion il protège. Le plaisir de l’humour est « particulièrement libérateur et exaltant », malheur à qui ne dispose pas de ce « don précieux et rare » (Freud, 1927, p. 140). Parce que, pour ce qui concerne l’essentiel de son activité, le Surmoi ne « rigole » pas. Sur-moi, le mot évoque en lui-même le surplomb, la surveillance. Celle d’un dieu, d’un juge, d’un surveillant, voire d’un persécuteur interne quand la tyrannie du Surmoi tourne au délire de surveillance. Freud emprunte à Kant la forme de l’énoncé caractéristique du Surmoi, celle de l’impératif catégorique, un « Tu dois ! » qui impose le respect et la soumission sans prendre la peine de se justifier. La loi du Surmoi est sans merci. Freud en souligne les origines acoustiques, celles d’une grosse voix, la voix du père.
Le Surmoi œdipien
La première psychogenèse du Surmoi que propose Freud est, disons, « raisonnable », presque logique, proche du dressage. Il se constituerait en conclusion du complexe d’Œdipe, à l’heure de son déclin, par intériorisation des exigences et des interdits parentaux. Le « non ! »…
Déjà abonné ?
Les abonnements Carnet Psy