Parle-moi de ma mère !
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Parle-moi de ma mère !

« Ma mère, je la vois ! Oui, je revois mon village ! Ô souvenirs d’autrefois. Doux souvenirs du pays ! »
Duetto don Josè e Micaeka, Carmen, de Georges Bizet, libretto : Meillac e Halévy

 

Il faut se fier aux associations libres : non qu’elles nous conduisent vers les découvertes les plus attendues, ni même qu’elles répondent par des voies détournées à nos espoirs méconnus, mais parce qu’elles recèlent des pièges placés par l’inconscient grâce au refoulement et ses complices. Je ne sais pas, à vrai dire, comment m’est venu l’air de Don José au début de Carmen, lorsque Manuelle Missonnier nous a demandé une citation en exergue du titre de nos contributions. L’association musicale a ceci de particulier qu’elle s’impose de manière entêtante, qu’elle ne peut pas être chassée et que la seule façon de la traiter est d’y réfléchir. Il y a dans le « ma mère, je la vois... » de José une dimension hallucinatoire discrète analogue à ces petites musiques obsédantes qui prennent probablement leurs sources -sensorielles- aux tout-commencements de la vie, dans le rythme et la voix : elles appellent, rappellent sans doute, la mère.

Pourquoi Carmen est-il un des opéras parmi les plus célèbres, populaires, familiers, et aimés ? Pourquoi cette histoire continue-t-elle d’inspirer ou de provoquer régulièrement des mises en scènes qui, tout en s’efforçant d’en inventer des formes ou des figurations nouvelles, montrent l’attraction irrépressible d’un scénario banal ?

Mon hypothèse est que ce drame triangulaire répète évidemment à l’infini la tragédie œdipienne qui continue de passionner en dépit des critiques et des réserves contemporaines qu’elle suscite, même chez les psychanalystes. Mais je pense aussi qu’un autre mouvement, certes associé à l’œdipe, soutient cet intérêt parce qu’il concerne fondamentalement la…

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