Introduction
La consultation psychologique à l’hôpital appelle le destin aléatoire de la plainte, avec des patients qui s’adressent à nous de manière ponctuelle dans le cadre d’un parcours médical, sans forcément revenir. Notre réflexion s’appuie sur notre expérience dans un Centre d’assistance médicale à la procréation (AMP), en région parisienne. Que viennent déposer ces patients dans le cadre d’une adresse qui se présente comme d’emblée sans suivi au long cours ? L’objet des séances en AMP, est-il besoin de le rappeler, est lourd sur le plan subjectif : désir d’enfant, perte de fœtus, problème de couple, identifications aux « parents » dans la variété des configurations œdipiennes, etc. Comment est-il possible que cette épaisseur dans les contenus psychiques puisse s’accommoder d’un arrêt au seuil de la seconde séance ? Dans ces conditions, de quoi finalement cette adresse et cette demande au clinicien sont-elles faites ?
Ces questionnements sont également nourris par notre expérience de clinicien en cabinet ; ce qui se trame fait écho aux « premières séances » en psychanalyse, et l’on sait combien cet objet clinique de séances avant l’entrée en analyse reste énigmatique, particulièrement lorsqu’elles ne se poursuivent pas, et que les cliniciens ont alors bien du mal à préciser quel était leur statut clinique ; c’est pourquoi, d’ailleurs, le clinicien a tendance à évacuer la difficulté en statuant que ce n’était pas à proprement parler des « séances », mais seulement des « entretiens préliminaires ». Mais le fait d’instituer ainsi ces entretiens dans le cadre fermé d’un no man’s land ne résout pas le problème, si l’on accepte le fait que, parfois, la séance unique a pu tenir lieu de moment fort de subjectivation pour un patient, en d’autres termes qu’elle fut investie d’une importance psychique parfois capitale dans le destin et la trajectoire…
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