La première venue
Tout part d’une souffrance. La première rencontre avec un psychologue ou un psychanalyste constitue un cap important dans la démarche individuelle de soin. Pour le praticien, ce moment initial constitue un temps fondateur ; pour le patient, il est déjà l’avènement d’un processus personnel. Quel que soit le motif qui en fonde l’origine, la démarche initiale est une ressource pour le clinicien qui, jamais, n’aura ultérieurement la même intensité. En effet, ce premier moment de partage et d’exposition de soi concentre et rassemble de nombreux aspects : la dimension biographique initiale, les motifs fondant la démarche de consultation, les perspectives d’évolution espérées et de traitement attendu. Ce temps contient aussi une adresse en quête de réception, l’espoir que celui ou celle à qui cette intimité est adressée sera à même de savoir l’entendre. Mais le patient aspire également à ce que la personne qu’il a choisie soit en mesure d’intégrer et d’investir les propos et les affects, c’est-à-dire qu’elle soit à même de faire une place en elle pour loger ces nouveaux contenus. Selon une ligne plus intersubjective, le patient espère une accroche relationnelle, un espoir que le courant passe, qu’il « sente bien » ce professionnel et se sente suffisamment bien avec lui. La première séance est unique et ne sera jamais confondue avec une autre. D’un long parcours thérapeutique ou analytique, il n’est pas rare que les patients en conservent un souvenir assez net, même des années après. Son aspect inaugural concentre une charge d’affects importante, tout autant que l’espoir d’un salut. À partir de quelques questions régulièrement soulevées par les patients, ou des remarques évoquées et spécifiques à la première séance, je propose d’explorer ici les processus à l’œuvre en croisant les regards des patients et des cliniciens.
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