Les parents et leur Infantile
L’abord du travail avec des parents d’enfants autistes ou psychotiques nécessite souvent, de la part des pédopsychiatres et psychologues qui les accueillent, un tact particulier, qui repose sur l’adaptation de l’écoute et des interventions du professionnel à des modalités particulières de fonctionnement psychique de ces parents, que nous allons essayer de décrire. En effet, il semble que lorsque des parents consultent pour leur enfant gravement malade, il s’opère en eux, ou il s’est déjà opéré en eux depuis un long moment, du fait de la maladie de leur enfant, une forme de clivage particulier. C’est le clivage entre leur Infantile et leurs parts adultes. L’Infantile, tel que Florence Guignard (1996) l’a décrit, anime de tout temps la vie psychique depuis le berceau jusqu’à notre mort. En général, il est présent dans toutes nos activités préconscientes-conscientes, alimentant notre rêverie, nos capacités d’identification, notre créativité (Guignard, 2024, pp. 153-155) ; quant aux parts adultes (héritées des identifications aux fonctions parentales), disons que ce sont elles qui sont capables de raisonner en « groupe de travail » (Bion, 1961, pp. 96-97) aussi bien à l’intérieur de la famille qu’avec des soignants, pour faire face aux grandes difficultés que leur pose l’enfant.
Mon hypothèse est ainsi que la douleur de la relation avec un enfant très malade entraîne un réaménagement des investissements tel que l’Infantile du parent reflue alors sur le territoire narcissique des investissements passés de l’enfance : il se « recolle » à l’enfant qu’il a été et déserte ses parts adultes, ses capacités de lien avec son enfant. L’Infantile n’est plus, de façon intermittente ou permanente, au service des capacités d’identification projective normale du parent, qui lui permettraient de comprendre et d’accompagner l’enfant, aussi bien que…
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