J’éclairerai les enjeux et logiques des processus tyranniques, afin de donner quelques éléments potentiellement utiles pour une représentation de la psychopathologie des tyrans et dictateurs actuels qui occupent la scène internationale. J’utiliserai et prolongerai la pensée d’un psychanalyste qui s’est beaucoup intéressé à la tyrannie : Donald Meltzer.
La tyrannie individuelle, familiale, sociale
L’atmosphère du monde tyrannique
Dans un texte fondateur de l’approche psychanalytique de la tyrannie, Donald Meltzer (1968) décrit la tyrannie sur la scène psychique, interne, et sur la scène sociale, externe. Il développe l’idée selon laquelle la tyrannie est une organisation défensive contre des éprouvés de terreur inconsciente et des angoisses dépressives. La soumission à la tyrannie ou le lien addictif à une partie tyrannique interne et omnipotente sont maintenus par l’effroi ressenti face à la perspective de perdre la protection illusoire contre la terreur que donne la partie tyrannique omnisciente et omnipotente. La soumission à la tyrannie est donc une façon d’échapper à l’éprouvé de terreur. Il y a là un paradoxe : en faisant régner la terreur, le tyran – ou la partie tyrannique du soi, car Meltzer parle là des relations entre différentes parties du soi, entre des objets internes – protège (illusoirement) des éprouvés de terreur.
Meltzer (1987) a précisé et éclairé, dans sa conception de la tyrannie-et-soumission, le point de vue du tyran. La tyrannie-et-soumission est caractérisée par la destruction par le tyran d’un objet interne de l’esclave pour en assumer le rôle. L’enjeu pour le tyran est d’aménager des angoisses persécutoires extrêmes qui le harcèlent, en se trouvant un esclave dans lequel projeter ces angoisses. La tyrannie-et-soumission est réversible, et le tyran vit…
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